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Les cinquante ans de l'orgue

Orgue de Kleuker

À l'occasion du cinquantenaire de l'orgue Kleuker l'association Pro Musica à l'Eglise protestante allemande de Paris propose une série de quatre concerts ainsi que deux expositions entre le 17 mai et le 15 juin 2014 (voir l'agenda dans « Nos Concerts »).

L'exposition « Cinquante ans d'un orgue 'Bach' à Paris » retrace l'historique de l'instrument ainsi que la tradition musicale de la « Christuskirche » depuis son inauguration en 1894.

Les orgues de l'Église Protestante Allemande

L'orgue Link de 1894

La Christuskirche à Paris est un haut-lieu de rencontre, ouvert aux chrétiens germanophones de cultures et de pays différents. La communauté luthérienne est riche d'une longue tradition aussi bien culturelle que musicale. Inaugurée le 9 décembre 1894, « l'Eglise du Christ », construite par le célèbre architecte Edouard-Jean Niermans (1859-1928), renferme l'une des meilleures acoustiques de Paris. L'installation de son premier orgue, fut le point de départ d'une vie musicale intense. Cet orgue, l'opus 219 de la manufacture allemande Link de Giengen-sur-Brenz, décoré de la Médaille d'honneur de l'Exposition Universelle d'Anvers (Belgique) en 1894, fut racheté par la paroisse, transporté à Paris et installé au 25 rue Blanche. De transmission pneumatique tubulaire, il possédait une composition romantique de 12 jeux réels répartis sur deux claviers et pédale. Lors de la mise sous séquestre des lieux durant la Première Guerre mondiale, l'instrument fut démonté et réinstallé au Temple de l' « Ascension », rue Dulong à Paris, en 1919.

L'entre-deux-guerres

En 1927 la Christuskirche est ré-ouverte au culte, mais c'est un harmonium qui remplace l'orgue. Jacques Beers (1902-1947), pianiste et compositeur néerlandais, ami de Ravel et étudiant chez Nadia Boulanger, y exerce la fonction d'organiste et cantor de 1928 à 1939. Pendant cette période il écrit la plus grande partie de ses ĵuvres, qui, d'un esprit bien français, comportent des moments de beauté exquise. Dans la paroisse Jacques Beers compense la perte cruelle de l'orgue par d'abondantes activités de la chorale. Des cantates de Bach sont exécutées dans le cadre des services religieux. A l'affût des nouveautés de son temps, peu de temps après la redécouverte des ĵuvres de Dietrich Buxtehude à l'Université d'Uppsala (Suède), il donne, le 15 avril 1932 avec des chanteurs et instrumentalistes de la paroisse, la première audition à Paris du Magnificat de Buxtehude.

À propos de l'harmonium, le 18 avril 1929, le pasteur Dahlgrün écrit au Docteur et Prix Nobel Albert Schweitzer, qui, passionné d'orgue, fut un habitué des lieux et l'ami intime de plusieurs paroissiens : « A toute pratique sérieuse de la musique sacrée cet instrument est plutôt un obstacle. Dans cette jeune communauté à l'étranger il s'agit tout d'abord de réinstaller le choral luthérien et d'éduquer les paroissiens, qui viennent de toutes les régions de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Autriche, des pays de la Baltique et d'autres pays, à s'unir dans une seule voix et chanter ensemble. » Le projet d'un nouvel orgue est alors lancé et Albert Schweizer propose le facteur Fritz Haerpfer pour sa construction. Cependant, se heurtant aux réticences de Jacques Beers, les discussions vont prendre beaucoup temps et la Seconde Guerre mondiale mettra fin à ce projet sans qu'il n'ait vu le jour.

L'orgue Kleuker de 1964

Lors de la Seconde Guerre mondiale les bâtiments sont à nouveau réquisitionnés. En septembre 1954 la paroisse reprend officiellement son activité avec la venue du pasteur Christoph Dahlkötter. Autorisé à reprendre son ancien immeuble, la communauté relance le projet d'orgue en 1961. Le 20 novembre 1962 le contrat est conclu avec Detlef Kleuker de Brackwede (Westphalie) qui installe l'instrument actuel peu de temps après la rénovation et la modernisation de l'église. Inspiré de la facture baroque d'Allemagne du Nord le nouvel orgue est à traction mécanique.

L'équilibre de ses dix-neuf jeux, l'harmonisation délicate des jeux de détail, mais aussi son plenum, limpide et racé, qui préserve une parfaite lisibilité des voix au sein des polyphonies les plus denses, sont particulièrement réussis en corrélation avec l'acoustique exceptionnelle du vaisseau. Le 17 mai 1964, jour de la Pentecôte, Jost Harro Schmidt, organiste de Celle, consacre le concert inaugural entièrement aux ĵuvres de J. S. Bach. Des pièces de Buxtehude, Pachelbel et Bruhns sont présentées dans le « Festgottesdienst » qui sera retransmis par la télévision allemande. Dès lors, c'est ce répertoire confiné à cet orgue qui lui confère la place d'honneur dans le paysage parisien des « Orgues pour Bach ».

Deux claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes, 19 jeux (transmission mécanique).

Grande Orgue (II) Positiv (I) Pédale
Principal 8
Rohrflöte 8
Octave 4'
Koppelflöte 4
Waldflöte 2
Mixture VI
Trompette 8
Gedackt 8
Rohrflöte 4
Principal 2
Quint 11/3
Sesquialtera II
Scharff V
Krummhorn en bois 8
Trémolo
Untersatz 16
Principal 8
Octave 4
Nachthorn 2
Fagott 16

II/PED; I/PED; I/II.
Traction méchanique

« Nous aspirons que le nouvel orgue permettra à notre église de devenir un centre de musique sacré allemande à Paris », ce vĵu que le pasteur Dahlkötter exprime en 1962 dans une lettre de remerciement au Chancelier Konrad Adenauer qui avait personnellement contribué au financement de l'instrument, va s'accomplir : Malgré sa taille relativement modeste, l'orgue suscite un vif intérêt auprès d'organistes et de musiciens de renom : Karl Richter, Marcel Dupré, Jean Langlais, Gaston Litaize, Jean Guillou y ont joué. Marie-Claire Alain y grave le premier disque en septembre 1964. Suivent les enregistrements en duo avec Maurice André ou Jean-Pierre Rampal ou encore ceux du clarinettiste Jean-Christian Michel et son quatuor avec orgue. Des ĵuvres d'orgue, tel que le « B.A.C.H. » op. 229 de Jean Langlais, y ont été données en première audition, clôturant en 1985 une initiative franco-allemande de concerts d'orgue portant sur une intégrale Bach. Le facteur d'orgue français Yves Fossaert, qui entretient l'instrument depuis la disparition de la maison Kleuker en 1991, se servira des mesures des tuyaux du « Sesquialtera », jeu d'orgue savoureux répandu en Allemagne, mais particulièrement rare en France, pour reproduire la même sonorité chaleureuse dans son orgue à l'église Saint-Pierre de Chateaubourg. L'orgue Kleuker permet aussi à de nombreux étudiants de s'y exercer ou de répéter. Enfin, il a permis de créer plusieurs classes d'orgue : l'une en 1993 pour le Conservatoire du IXe, Nadia et Lili Boulanger, l'autre, en 1999, pour l'Ecole de Musique franco-allemande.

Le succès de l'orgue Kleuker dans les premiers mois de son existence était tel qu'en décembre 1965 on songe déjà à l'agrandir. Kleuker propose alors d'ajouter au buffet anguleux du Grand-Orgue deux tourelles contenant un Quintaton 16 et, en extension de la laye de pédale, une Clarine 4 et une Mixtur IV. Le projet assez coûteux ne se réalise pas et l'instrument demeurera dans son état d'origine. En effet, depuis son installation, il n'a jamais été modifié et, grâce à un entretien régulier et soigné, il se trouve toujours en très bon état. L'orgue Bach ne cesse de jouer son rôle de générateur de rencontres musicales. Sans relâche ni repli, il n'a pas pris une ride, il mérite son anniversaire.


Les organistes titulaires de l'orgue Kleuker

  • Gunther Morche (1964),

  • Detlef Wieghorst (1965-1966),

  • Peter Neumann (1966-1967),

  • Detlef Schmidt (1967-1968),

  • Wolfgang Karius (1968-1970),

  • Jean-Marc Pulvert (1971),

  • Edgar Krapp (1971-1972),

  • Annetta Schmid (1972-1974),

  • Elisabeth Roloff (1974-1982),

  • Helga Schauerte-Maubouet (depuis 1982)


Discographie / Videographie
de l'Orgue Detlef-Kleuker de 1964 à 2014

DVD

  • « J'étais étranger, vous m'avez accueilli »,
    Culte à l'Eglise protestante allemande de Paris
    Présence protestante / France 2 en collaboration avec la ZDF

  • Jean-Sébastien Bach
    Interview avec Helga Schauerte à l'orgue Kleuker
    Présence protestante / France 2, DVD281203
    L'extrait (2:40 minutes) peut être visualisé sur YouTube : JS Bach influencé par Buxtehude

DISQUES COMPACTS

  • Le Hautbois du Pasteur Robert
    Helga Schauerte, orgue ; Jean Christophe Robert, hautbois ; Nathanaëlle Marie, violon ; Fabienne Stadelmann, alto ; Claire Oppert, violoncelle /ACCORD, 2011

  • Musiques et Chants juifs & chrétiens
    Helga Schauerte, orgue ; Jean Christophe Robert, hautbois ; Aviva Timonier, soprano ; Sandrine Pourailly, harpe /Musique et spiritualité, 2008

  • Weihnacht in Paris, Toccatas et Noëls de la Belle Epoque
    Helga Schauerte, orgue / SYRIUS, 2001 (SYR 141362)

  • Noël-Christmas-Weihnachten
    Helga Schauerte, orgue ; Meike Sauvant, soprano ; Jean Christophe Robert, hautbois ; Evan Rothstein, violon / SEPM QUANTUM, 1997 / réédition BAYARD, 2002

  • Noël dans la tradition, Traditionnelle Weihnacht
    Helga Schauerte, orgue ; Hervé Noël, trompette / SEPM QUANTUM, 1995 / réédition BAYARD, 2002

  • L'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles, Récital Orgue et Trompette
    Helga Schauerte, orgue ; Hervé Noël, trompette / SEPM QUANTUM, 1994

  • Adagios célèbres
    Jean-Paul Imbert, orgue ; Gabriel Fumet, flûte / STUDIO FM, 1994

DISQUES VINYLS

  • Johann Pachelbel
    Elisabeth Roloff, orgue / CASSIOPEE, 1985

  • Dietrich Buxtehude
    Elisabeth Roloff, orgue /CASSIOPEE, 1985

  • Wolfgang Amadeus Mozart
    Elisabeth Roloff, orgue / CASSIOPEE, 1985

  • Johann Sebastian Bach
    Pierre Bousseau, orgue ; Reynald Parrot, hautbois / STUDIO SM, 1983

  • W. H. Pachelbel / J. Pachelbel
    Jean-Pierre Legay, orgue / CALLIOPE, 1980

  • Jean-Christian Michel - Eve des Origines
    Jean-Christian Michel, clarinette ; Monique Thus, orgue ; Kenny Clarke, drums ; Guy Pedersen, contrebasse (plus de 5 millions de disques vendus) / GENERAL RECORDS, 1976

  • Orgue et Flûte (Alain, Blavet, Krebs, Marcello, Martini)
    Marie-Claire Alain, orgue ; Jean-Pierre Rampal, flûte / ERATO, janvier 1971 (STU 70649)

  • Orgue et Trompette (J.C. Bach, Walther, Albinoni, Martini)
    Marie-Claire Alain, orgue ; Maurice André, trompette / ERATO, février 1970 (STU 70539)

  • Trompette et Orgue
    Maurice André présente Guy Touvron et Wolfgang Karius / ERATO EMI ELECTROLA, 1972 (C 065-28327, vol. 7)

  • L'Orgue Baroque en Allemagne du Nord
    Wolfgang Karius, orgue / Société française de productions phonographiques, Paris SEP 71.022

  • Splendeur du Baroque
    Wolfgang Karius, orgue ; Guy Touvron, trompette / Société française de productions phonographiques, Paris SEP 31.014

  • Trompettes, Timbales et Orgue
    Wolfgang Karius, orgue ; Guy Touvron, Y. Coueffe, B. Cambreling / Société française de productions phonographiques, Paris SEP 91.047

  • Trompette et Orgue
    Hedwig Bilgram, orgue ; Maurice André, trompette

  • Orgue et Trompette (Bach, Gervais, Vivaldi, Albinoni)
    Marie-Claire Alain, orgue ; Maurice André, trompette / ERATO, mars 1966 (STU 70299)

  • Antonio Vivaldi (Concerto pour orgue et violon)
    Marie-Claire Alain, orgue ; Orchestre de chambre et direction J.-F. Paillard / ERATO, octobre 1964 (STU 70193)

Date de modification
Modifiée le 2014-03-29, 10:13:56 (GMT)
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